Achetez ce numéro
– Les prix sont en dollars canadiens et incluent les frais de port. Les taxes sont en sus.
– Veuillez noter que ces tarifs sont sujets à changements sans préavis.
– Le client est responsable des frais de dédouanement, qui varient d'un pays à l'autre.
S'abonner au magazine
Résumé Édito de Louis Samson, Les vertus de l'échec.
Échec scolaire qui compromet une vie, échec professionnel qui mène au suicide, échecs familiaux qui provoquent des drames humains. Est-ce que le monde dans lequel nous vivons a trop souvent tendance à abandonner et ainsi à laisser tomber ses projets au premier signe d’échec ? Peut-être. L’effort, le courage, l’acharnement, la volonté de surmonter déceptions, craintes, difficultés, voilà qui semble bien s’être perdu au fil du temps — en admettant que cela ait déjà existé ailleurs que dans les œuvres de fiction — et dont notre époque semble privée. Pourtant, même aujourd’hui où il est exigé de tout pouvoir obtenir facilement, ces vertus méritent encore notre respect, le sens de l’épreuve peut encore faire grandir. Ce point de vue peut certes paraître béat et romantique, mais la clé du succès est peut-être la lucidité que procurent les échecs.
Parallèlement, on nous gave de grandes réussites ; la télévision en particulier célèbre quotidiennement un spectacle permanent du succès. Tout spectacle n’est-il d’ailleurs pas déjà l’incarnation même de la réussite ? Être seul acclamé par tous, reconnu, admiré ? Se donner en spectacle est sans doute une des formes principales de recherche de la réussite. Le besoin de reconnaissance se donne là dans une visibilité obscène… et applaudie. Dans l’échec, au contraire, on est seul, alors même qu’on a le plus besoin des autres. Ce n’est peut être pas l’échec lui-même qui est dès lors dévastateur, mais la solitude dans laquelle on est laissé quand on heurte un obstacle. Dans ce sens, notre époque manque du sens de l’accompagnement, de l’attention bienveillante, de l’aide de proximité. D’une disposition qui retient le cheminement et pas le résultat.
Il nous a semblé important de rappeler ici la valeur de l’échec, même si l’idée seule d’échouer paraît aujourd’hui insoutenable. Or, cette vision n’est qu’un mirage. Elle entretient le mythe que seuls les meilleurs et les gagnants méritent notre estime. Nous savons bien pourtant que, si cela devait être vrai, des millions d’individus seraient incapables de donner un sens à leur vie. La société japonaise a démontré depuis quelques décennies que le culte de la performance devient insupportable au quotidien, la preuve étant le taux anormal de suicides dans cette société. Amélie Nothomb en parle avec beaucoup de finesse dans Stupeur et tremblements (1999). Au contraire, par delà les mirages entretenus par notre société spectaculaire, la plupart d’entre nous reconnaissent la difficulté d’atteindre leurs objectifs et que des échecs seront des étapes nécessaires à l’accomplissement de leurs projets. Nous avons oublié que cette dimension de l’existence était fondamentale et on a tenté de l’éviter. Or, il faut avoir été confronté à un revers ou du moins vivre une expérience peu gratifiante pour créer quelque chose de substantiel qui permettra de cheminer vers une vie plus significative. On entend souvent les analystes sportifs affirmer qu’un athlète ou une équipe n’avaient pas encore appris à perdre, ce qui les empêchait de gagner. Il en est de même de chacun de nous dans son rôle de professionnel, de parent, d’artiste. L’enseignant qui vise la meilleure performance, par exemple, sait que les choses ne se produiront pas toujours comme prévu. Il va faire l’expérience de l’échec avec toutes les frustrations qui l’accompagnent. Il tirera pourtant de cet échec ponctuel des leçons pour l’avenir. Il est donc difficile pour l’être humain d’éviter ce passage que constitue l’échec.
Être victime des circonstances, le jouet de l’infortune, ne pas être toujours au sommet, ne pas réussir du premier coup, n’est pas pour autant un échec. Les difficultés qui se placent sur notre chemin n’ont pas le rôle de nous détruire mais peuvent permettre de jeter les fondations qui finissent par nous rendre simplement meilleurs. Que nous soyons sportifs, politiciens, écrivains, artistes, parents, étudiants ou chercheurs, peu importe notre ambition, on peut envisager que de vivre des épreuves rend plus fort, plus apte à vivre proprement dit. L’idée que nous avons voulu approfondir dans ce numéro est donc que nous ne perdons pas tout en rencontrant des échecs, car cela permet au moins de reconnaître nos limites et ainsi de bâtir nos vies sur des valeurs qui ne reposent pas uniquement sur la gratification immédiate.
|