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Philo & Cie n˚8 – Ce que la philosophie dit de…

  • Mai - août 2014

Les arts comme régime de la pensée
Éditorial de Giovanni Calabrese

Longtemps la philosophie s’est confondue pour moi avec la littérature, et inversement. Cette confusion était aussi une fécondation mutuelle. C’est ainsi que les choses apparaissaient également chez les maîtres penseurs de l’époque, tout imprégnée de théories sur le langage autant que de sentiment épiphanique d’une vérité insoupçonnée mise au jour par les créateurs les plus originaux et les plus impénétrables. Comment comprendre quoi que ce soit au monde sans interroger Mallarmé et Joyce, sans emprunter jusqu’à leur pose? La philosophie ne pouvait que se tourner de leur côté et s’en nourrir, et les écrivains ne pouvaient que prendre acte de ce qui, semblait-il, se jouait dans leur travail et qui les alimentait à leur tour. Le monde était décidément convaincu que la pensée serait littéraire ou qu’elle ne serait pas, et inversement que la littérature serait éminemment pensée. 

Bien sûr autre chose se disait et se faisait au même moment aussi bien en philosophie qu’en littérature, d’autres questions se posaient inscrites dans d’autres traditions, mais pour le moment, de manière dominante, l’époque était à l’«absolu littéraire». Tel était en effet le titre que Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy donnèrent à un recueil de textes du romantisme allemand, qu’ils présentaient donc comme le moment inaugural de notre régime de pensée, le moment où la littérature devenait philosophie et la réflexion poème. « Avant de faire époque dans la littérature et dans l’art, disaient-ils, avant de représenter une sensibilité ou un style ( dont on annonce régulièrement le “retour” ), le romantisme est d’abord une théorie. Et l’invention de la littérature. Il constitue même, très exactement, le moment inaugural de la littérature comme production de sa propre théorie — et de la théorie se pensant comme littérature. Par là, il ouvre l’âge critique auquel nous appartenons encore. »

Y appartenons-nous encore? Peut-être, mais l’air du temps n’est plus celui où l’évidence de la réponse triomphait. Les changements sociohistoriques aussi bien que les avancées scientifiques et techniques nous nourrissent d’autres défis, d’autres gageures, d’autres inquiétudes. Est-ce pour autant un retour à l’époque antérieure au dix-huitième siècle de l’artiste artisan et technicien et à celle où le « poète n’[était] pas plus utile à la société qu’un bon joueur de quilles » ( Malherbe )? Pas davantage sans doute. En attendant qu’on en propose un portrait inspiré ayant cohérence et force de conviction, il est bon, avons-nous pensé, de proposer un bilan, aussi partiel soit-il, de ce que la philosophie dit ou a dit des pratiques artistiques et littéraires que nous fréquentons encore.

 

Philo et Cie n˚8 mai - août 2014


  • Artiste invité : Raphaëlle de Groot
  • Entretien : Chantal Pontbriand
  • Dossier : Ce que la philosophie dit de…

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