Clint Eastwood aime se définir comme « l’homme de peu de mots ». Ce laconisme est souvent gage de qualité artistique. Il n’est malheureusement pas sans dangers politiques et médiatiques. Le créateur qui laisse la parole à l’image prend, en effet, le risque de laisser des commentateurs malveillants ou peu inspirés parler à sa place et trahir sa pensée. L’ancien acteur cher à Don Siegel et à Sergio Leone, devenu cinéaste de premier plan, a payé plus qu’aucun autre de ses pairs pour le savoir. Poursuivi par son apparence de justicier brutal et de militariste primaire, il est depuis toujours associé au nationalisme ainsi qu’à la frange la plus conservatrice des États-Unis. Il suffit pourtant de regarder ses quarante films d’un œil impartial pour percevoir une toute autre réalité. Clint Eastwood n’est en rien celui que les clichés prétendent représenter. Raffiné et doté d’un remarquable sens critique, il n’est nullement le chantre d’une droite dure et chauvine. Cet anticonformiste fervent ne se montre réactionnaire qu’à seule fin de revenir à l’Amérique des Pionniers, celle qui rêvait d’une douce anarchie où chacun pourrait s’affranchir de tous les carcans. La société qu’appelle de ses vœux l’auteur de Gran Torino n’est pas celle de John Wayne et de l’Aigle impérial mais de Charlie « Bird » Parker. Loin de marcher au son du clairon, elle veut voler librement au rythme improvisé du jazzman et faire fi des cages de la pensée correcte.
Qu’on se le dise, « l’homme de peu de mots » a beaucoup à dire et ses propos contredisent largement les on-dit qui brouillent son message.
Duel numéro 1: Clint Eastwood contre L’État américain • Premier barillet : L’État, Léviathan oppressif et agressif • Second barillet : L’État, modèle de corruption et d’inutilité
Duel numéro 2: Clint Eastwood contre la société américaine • Premier barillet : Une société conformiste • Deuxième barillet : Une société injuste • Troisième barillet : Une société violente
Duel numéro 3: Clint Eastwood contre le Rêve américain tel qu’il est devenu • Premier barillet : Contre un Rêve américain absurde et néfaste • Second barillet : Pour un rêve américain plus pertinent et gratifiant