L'anthropologie est née il y a un peu plus de cent ans dans le cadre du rapport colonial que l'Europe et les États-Unis d'Amérique ont établi avec les autres peuples. Les choses ont bien changé depuis. Les différences décrites par des générations de savants ont été en grande partie inventoriées et diffusées, et les mondes autres eux-mêmes ont eu le temps de se transformer au point de ressembler de plus en plus à celui d'où venaient ceux qui prétendaient les étudier. L'anthropologie a également changé, aussi bien sous les coups d'une critique interne répétée que devant l'essor de savoirs plus spectaculaires et plus porteurs. C'est la discipline elle-même qui est aujourd'hui remise en question. Pourquoi faudrait-il vivre l'expérience d'une autre culture pour en tirer un savoir quand le monde entier nous arrive prêt à la consommation sur nos écrans et consoles? Que vaut cette science dont le savoir s'alimente à l'expérience sensible et à la relation engagée à l'heure où la connaissance de l'homme se loge dans l'architecture des gènes, les lois du marché ou la chimie du cerveau? Il a semblé aux auteurs de ce manifeste que le moment était venu de réaffirmer la place de l'anthropologie et des savoirs profonds sur la culture, de résister aux divers hégémonismes issus du globalisme ambiant tout autant qu'à ceux issus de la bien-pensance et de la science conventionnelle. Dans ce sens, ils proposent une analyse critique et sans concession des mondes contemporains et de leurs dérives dont ils cherchent à dévoiler les soubassements.

Francine Saillant est professeur au département d’anthropologie de l’université Laval et directrice du Centre de recherches sur les lettres, les arts et les traditions. Elle a été directrice de la revue Anthropologie et sociétés et présidente de l’association canadienne d’anthropologie en 2008. Elle est notamment l’auteur de Identités et handicaps (Karthala, 2007) et a dirigé l’ouvrage Réinventer l’anthropologie? (Liber, 2008). Avec Pedro Simonard, elle a dirigé trois films à propos de la mémoire de l’esclavage dans la religion du candomblé (dont Axé dignidade, 2010).


Florence Graezer Bideau est directrice du Center for Area and Cultural Studies de l’École polytechnique fédérale de Lausanne et coordinatrice du Minor in Contemporary Asian Studies. Elle est également chercheuse affiliée à l’Institut d’ethnologie de l’université de Neuchâtel et membre associé au laboratoire d’anthropologie culturelle et sociale de l’université de Lausanne. Elle est également l’auteur de La danse du yangge: culture et politique dans la Chine du XXe siècle (La Découverte, 2012) et co-éditrice de Les vocabulaire locaux du patrimoine Traductions, négociations et transformations (LIT Verlag 2014).
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