Depuis quelques années déjà, la montée de la question identitaire a entraîné un retour du nationalisme dans la joute politique québécoise. Pour en comprendre les fondements idéologiques, il faut remonter aux racines du clivage entre progressisme libéral et nationalisme conservateur, soit la réponse de François-Xavier Garneau à Lord Durham.
Les Canadiens français, disait ce dernier dans son rapport, formaient « une société vieillie et retardataire dans un monde neuf et progressif », et devraient renoncer à leur identité au nom de la marche du continent vers le progrès. Autrement dit, leur disparition était inévitable, déterminée par le sens de l’histoire. Dans l’Histoire du Canada, Garneau invitait au contraire ses compatriotes à chérir leur identité et à se donner une politique conservatrice, sans craindre de s’opposer à une vision de l’avenir pensé pour eux, mais sans eux.
Deux familles idéologiques, les Rouges et les Bleus, émergent dès lors, et leur désaccord s’incarne dans un rapport opposé à la nation québécoise : est-elle une source de repères indispensables à tout individu et une manière légitime d’accéder à la modernité, ou bien sa politisation constitue-t-elle plutôt une cause d’enfermement et d’aliénation ?
« Cet ouvrage propose de décrire à nouveaux frais cette longue opposition des Rouges et des Bleus. Notre perspective n’est cependant pas strictement politique ou partisane : ce n’est pas l’opposition entre formations politiques qu’elle entend détailler, mais le conflit entre familles idéologiques, parfois disséminées dans des partis différents. Notre attention est tournée vers l’affrontement sur le devenir de la nation québécoise et sur le rôle identitaire de l’État, entre progressisme libéral et nationalisme conservateur. »
Introduction
Un clivage instrumentalisé
Un retour aux sources, pas une dérive
Les Rouges et les Bleus, des idéaux-types
Chapitre 1
Les Rouges et les Bleus
La quête d’une autre modernité
L’homme abstrait
L’homme enraciné conservateur
Une pensée rationaliste
Une pensée empirique
Un fatalisme du progrès
Une pensée de la permanence
L’État-nation, principal motif du clivage Rouges-Bleus
Chapitre 2
Les fondements bleus de la Révolution tranquille
Un mythe débilitant pour les Bleus
La vraie révolution tranquille
Lionel Groulx, un précurseur
Lesage et Lévesque, héritiers de Duplessis
La contestation rouge de la Révolution tranquille
Une défense conservatrice de la Révolution tranquille
Chapitre 3
Qui a peur du peuple québécois ?
Une peur rouge
L’amour du peuple tel qu’il est
Le populisme, un pré-fascisme ?
La dérive antidémocratique du progressisme
Le spectre technocratique
Une tyrannie qui ne dit pas son nom
Le « populisme », ou la démocratie libérale d’hier
Chapitre 4
Du contrat social québécois
Un État dépersonnalisé pour un homme abstrait
De l’individualisme au tribalisme
L’intégration impossible
La radicalisation woke
Peut-on fonder la citoyenneté sur le vide ?
Bien commun et républicanisme enraciné
Une culture de convergence
Sauver le libéralisme des dérives du progressisme
Chapitre 5
Les libertariens, des progressistes de droite
Contre toute entrave à l’homme abstrait
Une foi inébranlable dans le progrès
Un marxisme de droite
Une nouvelle Révolution tranquille contre l’identité québécoise
L’Occident sans le Québec ?
Le libéralisme comme force révolutionnaire
Libéralisme et conservatisme, un mariage de raison
Chapitre 6
Les impasses du nationalisme progressiste
La critique postréférendaire du néonationalisme
Une nation divisée contre elle-même
Progressistes avant d’être nationalistes
Un rapport ambigu à la nation et à la Révolution tranquille
Un nationalisme sans nation ?
L’impossibilité du conservatisme est l’impossibilité du nationalisme
Chapitre 7
La tentation impérialiste
Une vérité universelle, bonne pour tous et en tout temps
L’anglais, langue de l’universel
Comment le progressisme crée de la haine
Dissocier progrès et nation
Les nations à l’heure de la fin de l’histoire
« Nous les forcerons à être libres »
Le darwinisme impérial
Le fardeau de l’homme woke
Un nationalisme de résistance
Conclusion
Bibliographie
Remerciements